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Récits et expérimentation - Narration spéculative (MA)

De erg

Enseignant·e·s/Coordination : Yvan Flasse, Peggy Pierrot, Fabrizio Terranova

Intervenants: Xavier Garcia Bardon, Stéphane Noël, Nicolas Prignot

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Offrir plus que la défaite

Nous partons du constat que les récits - tous les récits -, tant dans leurs contenus que dans leurs structures, participent à construire les manières dont nous vivons, sentons et habitons le monde.

À l'inverse des récits dominants de notre époque, notre axe de travail est la notion de spéculation, entendue comme la recherche permanente de lumière au bout du tunnel, ou comme la fabrication de raisons pour ne pas céder au cynisme ou au désespoir. Rendre présentes des raisons d'espérer.

Offrir plus que la défaite dans les manières de raconter est l'enjeu contemporain qui nous mobilise dans ce cursus; mais sans se raconter d'histoires: la narration n'est évidemment pas le seul terrain de lutte.

Intentions, adresse et hospitalité

Dans cet atelier, nous revendiquons la nécessité de mettre en œuvre des récits intentionnels et adressés.

Chaque étudiant·e rejoint ce Master avec une envie de raconter et un chantier ouvert, peuplé d'intentions et de références diverses, glanées au cours de son parcours antérieur. La recherche et l'exploration de ces pistes permettent de transformer les intuitions en intentions, que nous gardons actives et requestionnons durant l'élaboration des récits de chacun·e.

Nous revendiquons donc à la fois le plaisir du récit, son originalité mais aussi son caractère non accidentel. Les outils de construction narrative servent à cette fin d'appui aux différents projets développés, que ceux-ci prennent la forme d'image fixes, animées ou encore d'installations.

Nous refusons l'idée d'un public "universel", et nous lui préférons le pari d'une adresse, d'un récepteur actif et réel. L'endroit où se trouve l'auteurice, le médium, le cadre de réception et son public font en ce sens partie de nos préoccupations.

Nous postulons qu'aucun récit ne va de soi, qu'il peut être reçu dans un contexte éloigné de celui où il a été produit et donc être perçu différemment. Les œuvres, quelles que soit leur rapport à la forme, doivent contenir une manière d'accueillir aussi bien les sujets que leurs publics.

Nous entendons alors nous appuyer sur un ensemble de techniques pour certaines vieilles comme le monde: la dramaturgie, les constructions et l'articulation des images, l'association et le réemploi de signes identifiables,...

Accueillir c'est aussi déminer les effets d'intimidation liés à la multiplication des références savantes par l'appel à la naïveté autant qu'à la mauvaise foi, au jeux de distanciation et aux affects joyeux.

Nous ne pensons pas que le beau, ou le fait de prendre le public par la main est un problème en soi, ce qui est important c'est comment la forme va servir l'histoire que l'on souhaite raconter.

La nécessité de l'intention, l'importance de l'adresse et l'attention à l'hospitalité font de l'atelier un lieu de friction et d'altérité plutôt qu'un lieu d'écoute.

Spéculation

Le terme "Spéculation" et à fortiori "Narration Spéculative" ont été fétichisés ces dernières années, ce qui a conduit à de nombreux malentendus dans sa définition et ses attentes. Dans le cadre du master, il ne s'agit pas de tenter de voir de la narration dans toute forme plastique, mais de mettre au travail la puissance transformatrice des récits suivant différentes modalités: ce qu'ils produisent sur leur auteurice, comment ils peuvent affecter d'autres récits, d'autres situations, d'autres relations.

Nous insistons sur ce réflexe: ne pas se laisser définir par ce que l'on dénonce pour ne pas reconduire des formes de pouvoir, même à travers la dénonciation.

"Specula", en latin, c'est le "lieu d'observation" qui situe celui qui observe, espionne ou guette. La spéculation est en prise avec des problèmes réels, elle se veut située par la réalité de nos expériences du monde. Il ne s'agit pas d'utopie (qui n'est dans aucun lieu), mais de fabrication de possibles là où ils manquent.

Spéculer en narration, c'est avant tout tenter de faire advenir dans les récits des situations que nous voudrions voir devenir réelles. C'est expérimenter avec la consistance de nos désirs, à travers les récits conçus comme des laboratoires, comme des expériences à la fois sensibles et intellectuelles. La spéculation n'est pas tout-terrain, ni gratuite.

Pédagogie

Pour accompagner les étudiant·e·s, nous mettons en place une dynamique d’échange et de mise en commun:

- Des réunions régulières en sous-groupes, visent à formuler et à articuler l’univers singulier de chaque étudiant·e. Refusant le format du rendez-vous individuel et du/de la professeur·e unique, elles s'organisent en binômes;

- La présentation de questionnements spécifiques, et l'analyse de formes contemporaines de narration font écho aux questionnements soulevés par les pratiques développées au sein de l'atelier et nous permettent de partager nos préoccupations et de les mettre en résonance avec celles des étudiant·e·s;

- L'intervention d’invité·e·s permet l'accès intime à leurs problématiques et méthodes de travail;

- Des workshops sont l'occasion de mettre en contact et au travail les étudiant·e·s - d'univers plastiques et d'orientations différentes - par groupe, autour de propositions ou commandes spécifiques communes à l'ensemble des étudiant·e·s.

Équipe pédagogique

Comme nous ne réduisons pas la narration à quelques formes canoniques et instituées, notre équipe pédagogique s'est constituée dans la complémentarité de nos pratiques, intérêts artistiques et théoriques, au refus des hiérarchies de catégories artistiques. Ceci nous permet d'accueillir la diversité des problématiques actuelles et de doubler les échanges entre étudiant·e·s et professeur·e·s d'échanges au sein de l'équipe pédagogique.